Tout va très vite

Publié le par Vinzo

Mon voisin me demande si je ne voudrais pas porter le même manteau léopard que cette personne assise là-bas en face et dont il ne sait pas exactement distinguer le sexe. Fille ou garçon ? Peu importe… Et le manteau ? Pas exactement mon genre. Et puis, il est un peu trop tôt pour juger, comprendre ou savoir. Plus tard, je croise quelqu’un qui me parle de la musique et de la façon dont elle risque de mal sonner dans cet endroit pourtant si beau, mais dont le plafond est très haut.

Normal, c’est un lieu plus que bicentenaire et qui n’avait pas été conçu pour les basses profondes et résonantes d’un morceau de techno minimale. Quelques heures après, c’est dans un sous-sol de l’avenue George-V, sombre et glacé (quelqu’un a failli rater une marche de l’escalier), que tout le monde attend et que surgissent, défilant vite, des silhouettes rehaussées de coiffures argentées, comme faites de plumes et de métal.

Plus loin dans le temps, mais toujours durant cette même journée, je suis assis sur un front-row un peu trop petit pour contenir tous ceux qui y sont placés. Nous sommes quatre garçons, l’un ose une question qui fait flop, du genre « C’est comment, la vie sans Bowie ? », un autre essaie tant bien que mal de saisir des photos avec son bel appareil et l’on a envie de lui dire que les iPhone prennent moins de place et font de belles images aussi.

Tout à coup, une femme cheveux raides et lunettes noires, qui a perdu sa place, demande si elle pourrait s’asseoir sur nos genoux. Non, désolé, ça ne se fait vraiment pas, même si l’ambiance pourrait faire croire à la franche camaraderie. Mais, en fait, plutôt de loin, la camaraderie.

Là-bas des gens cancanent : ils sont sans doute sociétaires de ce spectacle depuis trop longtemps pour ne pas être fatigués par le temps qui passe. Mais il faut bien se rattacher à quelque chose et toujours croire à son siège si précieux, comme s’il n’y avait pas de vie ailleurs.

Là-bas, quelqu’un s’est endormi, comme rêvant d’un vieux trophée, et l’on a envie de le réveiller en le secouant doucement pour lui dire que le défilé est terminé et qu’il est temps de passer au suivant. Ou de changer de vie. C’était la semaine dernière à Paris, c’était la Fashion Week Homme, c’était la reprise des défilés, le coup d’envoi de la saison et le retour à la vie de cette mode qui va vite, plus vite que le temps qu’elle est supposée recouvrir.

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